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La Rainette passe à l’échelle

Domaines et Vignobles Bertrand ont racheté début mars la bière chazelloise La Rainette, idéalement complémentaire de leur gamme de bières, vins et spiritueux, et qu’ils comptent développer depuis Chevanceaux.

Mathieu Bertrand, 7e génération aux manettes de l’entreprise familiale, a repris La Rainette à Simon Rioux et compte la faire passer à l’échelle.

Née sur les bords du Bandiat en 2006 sous l’impulsion d’Alain Mitteau, reprise en 2018 par Simon Rioux, la bière La Rainette quitte le moulin chazellois pour Chevanceaux, où la vénérable maison de cognac Bertrand, créée en 1848, a d’ores et déjà commencé à la produire.

« Maison Bertrand était notre embouteilleur depuis 5 ans, après que nous ayons externalisé ce poste du fait de notre montée en volume » raconte Simon Rioux. Mis en contact par un consultant biérologue commun, le courant passe d’emblée. « On conditionnait déjà La Rainette comme s’il s’agissait d’un de nos produits. Plus qu’un simple lien client-prestataire, notre relation a toujours été en partage et en échanges, en tuyaux sur nos défis brassicoles communs » appuie Mathieu Bertrand, DG de l’entreprise familiale exploitée avec son père et son frère.

« Un produit plaisir »

Dans un contexte économique globalement défavorable, et sur un segment des vins & spiritueux particulièrement frappé par la déconsommation, l’opération est clairement pertinente pour les deux parties : « Avec la brasserie et la guinguette l’été, on a ressenti l’an dernier un vrai besoin de se recentrer sur notre vie de famille » explique Simon Rioux dont l’activité professionnelle générait un accueil du public à son domicile. « On atteignait des volumes trop difficiles à commercialiser par nous-mêmes. On a fait le maximum de ce qu’on pouvait » résume celui qui « avait besoin de tourner la page des semaines à 70 heures », sans vouloir pour autant bazarder en pleine nature « une marque réputée qui a encore du potentiel ».

De son côté, Mathieu Bertrand en pinçait depuis longtemps pour la grenouille chazelloise : « La marque a une grande cohérence, les recettes et l’esthétique développées par Simon et son équipe sont très intéressantes. La Rainette me plaît en tant que bière légère ET savoureuse, d’une trempe de 4,5 à 6° maximum, facile à boire: on ne se pose pas de questions, c’est juste une bonne bière, un produit plaisir ».

Complémentarité géographique

Au-delà du produit en lui-même, La Rainette offre une intéressante complémentarité géographique à la gamme déjà commercialisée par Corum Distribution, la filiale de distribution de Maison Bertrand. Opérant sur un axe Nantes – Poitiers – Limoges, possédant déjà 4 marques de bière rétaises (Bières de Ré et Petites Réthaises), royannaise (Trois Phares) et rochelaise (Uini Atonio, bière d’égérie associée au rugbyman), Mathieu Bertrand mise sur La Rainette « pour attaquer de nouveaux segments plus premium (cavistes, jardineries…) ». Tout en renforçant le maillage géographique là où il en avait besoin : « Nos 4 bières se vendent essentiellement sur le littoral, dans un rayon de 50km autour de leur berceau. La Rainette n’est elle pas attachée ni à un lieu ni à une personne » décrypte le dirigeant qui évoque « un choix économique, commercial et de bon sens ».

La bière du Bandiat va donc aider Maison Bertrand à combler d’actuelles dents creuses dans son offre en bière comme le Nord Charente, la Haute-Vienne et la Dordogne. « Notre objectif 2026 pour La Rainette est a minima de maintenir les volumes et les clients existants, et de la présenter à nos clients déjà en portefeuille, puis de la pousser à 10-15% de croissance annuelle pendant 4 ans, avec un objectif 2030 de 650hl (contre 450hl actuellement) » détaille Mathieu Bertrand, qui compte emmener la grenouille découvrir Haute Vienne, Gironde et Marais poitevin.

Après avoir mené La Rainette de 40 à 450hl annuels et de 50.000 à 230.000 euros de CA, l’avoir entièrement redesignée, passée au bio, déclinée en bouteilles 33cl, lui avoir fait décrocher 4 médailles au concours général agricole (or et bronze) et 2 world beer awards (or et argent), Simon Rioux quant à lui s’est engagé sur des heures de tuilage au bénéfice du repreneur.

Un bond de 60km !

« Ca nous fait bizarre d’adopter d’autres ingrédients (levures et épices) et d’autres méthodes (paliers de brassage), mais nos équipes l’ont très bien accueilli » se réjouit Mathieu Bertrand. En plus de produire depuis 2 semaines la blonde, la blanche, la blanche citra et l’ambrée, les 4 best-sellers de la gamme, Chevanceaux a également récupéré le stock des références plus confidentielles (brune, IPA, fumée, etc.), 10 palettes représentant 5.000 litres, « soit 15% du besoin annuel ».

« Nous avons adapté notre matériel » explique le DG, qui doit encore faire deux voyages à Chazelles ces prochaines semaines pour récupérer les machines chazelloises. « Mais nous en revendrons la plus grande partie, qui est calibrée pour 500 à 1.000 litres / jour, là où les nôtres sont de 2 à 5.000 litres / jour. Nous garderons uniquement les tireuses et le groupe froid ».

Renouer avec la vie de famille

Une activité indépendante menée à domicile impacte forcément la vie familiale, a fortiori quand l’activité accueille du public.

« On veut partir discrètement et modestement, en simplicité et humilité » prévient Simon Rioux, après 8 ans à brasser et développer sa bière du moulin. Avec Julia Lafond et leurs enfants, la famille ne part en fait nulle part, mais va surtout se retrouver vraiment chez elle. Le couple est reparti dans son secteur d’origine, le médico-social, et la vente de La Rainette signe logiquement la fin de la guinguette associée. Quoique. « Nous avons quand même décidé de maintenir quelques soirées pizza estivales, car il nous paraîtrait dingue de volontairement nous passer des pizzas de l’AH Toupie! Et qui dit pizzas dit bière! » sourit le désormais ex-brasseur, qui donne donc rendez-vous en juillet pour de telles agapes.

Les légendaires pizzas « JMR » par l’AH Toupie seront de retour en juillet 2026 !!

Simon referme le chapitre entrepreneurial sans regret: « J’ai le sentiment que nous avons fait les choses avec notre coeur. On a créé un lieu de sociabilisation, apporté notre pierre à l’édifice. On a fait notre part et on passe le relais, à des gens très motivés et dynamiques comme au CRC ou à La Flambée… ».

Son meilleur souvenir ?
« Quand on s’est baigné en février dans le Bandiat après le concours général agricole 2023 »

Simon Rioux
Simon Rioux et son salarié Matthieu Rimbaud fêtant leurs 4 médailles décrochées au Salon international de l’agriculture, à l’hiver 2023.



Par Niels Goumy

Journaliste et éditeur de presse, Chazellois depuis 2005.

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