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Piqué de tradition familiale

Instituteur, le Chazellois Mathieu Paillé est aussi apiculteur amateur depuis une dizaine d’années. Une passion qui sonne notamment comme un devoir de mémoire familiale.

« L’intérêt pour les abeilles m’a été transmis par mon grand-père paternel, un paysan qui a toujours eu des ruches -jusqu’à une centaine- et que j’aide depuis l’adolescence. J’ai tout appris avec lui » résume Mathieu Paillé, installé aux Landes. Après avoir offert une poignée de ruches à son petit-fils pour ses 15 ans, le grand-père en question, installé à Champagné-Saint-Hilaire (Vienne), l’a attrapé l’année dernière. A 92 ans, il prenait conscience qu’il lui fallait commencer à renoncer à sa passion : « C’est trop lourd à transporter, à gérer… Débarrasse m’en, laisse en 5 ou 6 et prend le reste » a-t-il lâché à son petit-fils.

Près de 25 ruches à Chazelles

« Il y avait une trentaine de ruches à récupérer. J’ai senti que ça le soulageait, et moi ça me plaît » explique Mathieu Paillé, qui reconnaît qu’il s’y était mis au début pour s’amuser, avant de réellement tomber, au fil des années, sous le charme de l’activité. « Mon père a peur des abeilles, mon oncle dit qu’il va s’y mettre mais pas dans un avenir proche, et mes cousins s’en désintéressent… Il y a donc eu à partir de ce moment là une nouvelle couche de motivation, celle d’un héritage familial à perpétuer ».

Les spots des ruches sont tenus confidentiels, du fait de la recrudescence des actes de vandalisme ou de vol, « y compris parfois entre apiculteurs hélas », déplore Mathieu Paillé.

Moralité: 23 ruches aujourd’hui sous gestion, réparties sur 6 spots distincts, 5 à Chazelles et 1 à Vilhonneur. Secondé par son épouse Justine Bucelet, Mathieu passe donc une bonne part de son temps libre à s’occuper de ses ouvrières. Et comme l’héritage familial a ajouté une bonne vingtaine de ruches au cheptel initial, il a dû structurer son activité, en vue de pouvoir vendre la production. « Avant, avec 4 à 5 ruches, on donnait à la famille, aux amis, aux proches… Mais maintenant, le but est surtout d’absorber les volumes afin de ne pas en perdre, même si je peux toujours me servir du reliquat pour les nourrir… », explique l’apiculteur qui a créé la microentreprise Happy Culture en novembre 2020.

Aucun marketing particulier

De quoi lui permettre de vendre sa production, même si visiblement, le but n’est pas du tout de « croître et prospérer » comme en entrepreneuriat classique. « Nous vendons aujourd’hui à la boucherie et à l’épicerie à Chazelles, ainsi qu’au Café de la Paix à Pranzac » illustre Mathieu, qui ne cherche pas d’autres revendeurs, et qui propose aussi de la vente directe (6 euros le pot de 500g). « Dans une optique de zéro déchet, nous collons nos étiquettes avec du lait que nous allons chercher à la ferme Breuillet » détaille Justine Bucelet dans un sourire.

Etiquetage manuel maison au lait local !

De la première récolte issue de leur cheptel agrandi, Mathieu et Justine ont ainsi récolté près de 340kg de miel, ventilé en 4 récoltes : miel de printemps début mai (150kg), de forêt (30kg) et de châtaigner (11kg) en juillet et de tournesol en août (117kg). Ils ont produit 554 pots d’une livre. « Nous ne faisons que du miel, ce qui est le plus simple » précise Mathieu quand on l’interroge sur d’éventuelles autre productions issues de la ruche.

Chez eux aux Landes, Justine et Mathieu ont posé une ruche dans le jardin pour contribuer à féconder leur potager.

« Comme j’apprécie en ce moment un mi-temps parental avec ma fille Suzanne, je me suis posé la question d’éventuellement conserver ce rythme à terme afin de me consacrer plus aux abeilles… » reconnaît Mathieu. Mais après avoir rapidement calculé la rentabilité de l’activité, et découvert à cette occasion qu’il lui faudrait « passer à 100-150 ruches pour se dégager 400 euros nets par mois », l’instituteur a préféré rester sur le rythme actuel, en instruisant les drôles plutôt que de courir les reines.

D’autant plus que Mathieu sait bien que l’activité est délicate à envisager à long terme : « Les surmortalités sont constatées depuis les années 1980, et s’accélèrent depuis les années 1990. Cette année, la saison est mauvaise, le prix montent. Personnellement, j’ai perdu 4 ruches en plein juin, du fait de la mauvaise météo. Un phénomène qui interroge car jusqu’ici nous constations des mortalités au sortir de l’hiver… » illustre-t-il.

Du coup, Happy Culture ne développe aucun marketing particulier, hormis celui « du naturel, du local et des circuits courts ». Halte au toujours plus, Mathieu Paillé préfère rester dans le cadre du hobby et de la tradition familiale. « Et au-delà de ça, je me vois acteur de la préservation de la biodiversité. Au quotidien, notre rôle d’apiculteur est aussi là » insiste le Chazellois: « Car quand les abeilles disparaîtront, on pourra commencer à transpirer… ».

Contact
Mathieu Paillé au 06.955.884.22.

Par Niels Goumy

Journaliste et éditeur de presse, Chazellois depuis 2005.

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