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Le champ de bleuets qui hante Christian Ravenne…

Chazellois depuis Noël 2008, Christian Ravenne est un féru de botanique, de géologie, d’astronomie… bref de l’environnement en général et des sciences naturelles en particulier.
La semaine dernière, c’est un champ de bleuets qui le captivait, l’envoûtait, l’ensorcellait. Ces mots ne sont pas trop forts pour décrire la capacité d’émerveillement de Christian restée intacte face à la nature.

JPEG - 117.9 koChristian Ravenne face à son « trésor » : « Je viens ici tous les jours » expliquait-il le week-end dernier.

Christian Ravenne s’est installé avec sa femme Catherine. Le couple apprécie la différence avec Rueil-Malmaison, son précédent lieu de vie dans les Hauts-de-Seine. Ils ont acheté une maison sur les hauteurs du lieu-dit pentu de La Chambaudie (« Pour des montagnards d’origine comme nous, il nous fallait un minimum de relief ») dans cette Charente qu’ils ont choisi avant tout pour son patrimoine roman, et parce qu’ils y avaient quelques attaches familiales.

« Le département est un des endroits où la qualité de vie est encore extraordinaire, où l’environnement n’a pas encore été massacré. Je l’apprécie pour la qualité et la diversité de ses sites, géologiques, historiques, faunistiques et floristiques ». Et d’embrayer aussitôt sur les richesses particulières du sous-sol local : « A la lisière de la Dordogne, nous sommes à 20km d’environnements granitiques exceptionnels, constituant le « socle », ce sur quoi les bassins sédimentaires se sont formés il y a 500 millions d’années ».

Christian s’intéresse à tout. « Pas fort en zoologie, je m’affûte en botanique et je me renseigne en géologie auprès des universitaires et amateurs éclairés locaux » résume-t-il en un petit bilan de compétences express. Ainsi, géologie et karstologie ne sont qu’une marotte par rapport à la botanique, passion chevillée à son corps et cultivée par Christian, passionné particulièrement par les fleurs. Il fait d’ailleurs spontanément visiter son jardin, où alternent les parties méticuleusement soignées et celles où la nature s’exprime librement.

L’homme a très envie de partager avec les Chazellois toutes ces joies que lui procure la nature. C’est ainsi qu’il invitait la semaine dernière chacun à aller découvrir le magnifique champ de bleuets ayant pris ses aises dans une parcelle des céréales cultivée par Nicolas Delouche le long du Bandiat entre la Chambaudie et l’Age-Martin, le Picard et Rochepine. Il y venait tous les jours. « Il faut aller voir ce champ de bleuets –Centaurea Cyanus– qui représente un véritable patrimoine commun, de plus en plus rare » s’exclame Christian, qui recommandait une visite par grand beau temps et l’après-midi : « Les bleuets qui suivent le soleil sont alors inclinés et rejaillissent encore plus bleus en nous faisant face ». Aujourd’hui le champ est hélas fâné. Il se découvre en photos, ce qui est loin d’être pareil…

JPEG - 119.1 koLe champ de bleuets qui impressionne tant la rétine de Christian. Depuis samedi dernier, date de ce cliché, les fleurs ont hélas fâné ; plaisir fugaces que ces bonheurs naturels.

JPEG - 433.6 koLe bleuet aime « polluer » les champs de blé de nos agriculteurs… pour le bonheur des promeneurs.

JPEG - 455.3 koLe bleuet a souvent pour meilleur camarade de jeu le coquelicot.

C’est paradoxalement grâce à une petite « maladresse » d’un agriculteur que les Chazellois ont pu jouir de ce patrimoine volatil. Nicolas Delouche qui exploite le champ, avait bien repéré l’an dernier un premier petit cercle de bleuets, dont il savait qu’il s’étendrait vite au détriment de sa culture si rien n’était fait. « Dans ces cas, on procède à une opération de désherbage sélectif, avec des produits qui attaquent certaines plantes et pas d’autres, le plus souvent dicotylédones et graminées… On a le choix d’opérer soit en hiver, soit au printemps. Je l’ai fait en mars, mais pas au bon moment, les graines de bleuets étaient déjà en terre » explique-t-il.

Le bleuet a donc vaincu l’homme pour cette année, étouffant le blé et contribuant largement à une baisse du rendement de la parcelle. Mais de nos jours, l’homme gagne toujours à la fin : Nicolas Delouche devrait passer la batteuse la semaine prochaine. « Puis après, la parcelle passera 2 ans en prairie, pour mes vaches. Je la sèmerai en septembre, avec du Ray Grass d’Italie ». Les bleuets que Christian aime tant repousseront dans la prairie de Nicolas puisqu’ils viennent de finir de grainer cette semaine, mais l’agriculteur ne leur laissera pas le loisir de repartir l’année suivante : « L’année prochaine, je faucherai avant leur reproduction, il n’y en aura donc plus l’année d’après ». Christian Ravenne n’aura plus qu’à aller en quête d’un autre champ de cyanus…

Le parcours universitaire et la curiosité intellectuelle de Christian ne font pas oublier que l’homme est resté très simple. On devine aussi au détour des certaines phrases l’amateur de bonne chère. « Pour le choix de la Charente, il y a eu les raisons formalisées avant de venir, et puis il y a toutes les bonnes surprises insoupçonnées découvertes une fois sur place : bière La Rainette, erectus de la cave coopérative de St-Sornin, vins de la cave de Soyaux… » précisait-il lors de notre rencontre autour d’un bon verre de jaune charentais…

| Erudit, passionné et ouvert…

Passé d’un BTS frigoriste à un statut d’ingénieur (Ecole nationale supérieure du pétrole et des moteurs…) et d’universitaire (DEA de sciences naturelles spécialité géologie/géophysique, habilitation à diriger des recherches, chargé de cours…) après une carrière bien remplie (lire le CV « Christian Ravenne en bref ») et un investissement associatif complet (il reste président honoraire de la société géologique de France), Christian Ravenne n’a plus rien à prouver en matière de curiosité intellectuelle. Il est par contre motivé pour partager les sciences naturelles avec les Chazellois, et les Charentais plus généralement.

Cela pourrait prendre la forme d’interventions dans les écoles par exemple, tant il est vrai que « pour éduquer à l’écologie, il faut s’y prendre au plus tôt ». L’homme a vu Home, le film du photographe Yann Arthus-Bertrand sur lequel il demeure très critique, et projette sa démarche de partage dans une perspective qui dépasserait la simple émotion environnementaliste, pour aller au fond des choses.

Un peu fatigué d’écrire (articles, cours, etc.), Christian est surtout prêt à intervenir oralement. Pourquoi pas prochainement dans le cadre de l’Université de Pays ? Chazelles.info a en effet été le creuset d’une rencontre, évidente, avec Auguste Templier, président de l’Université de Pays. Il se trouve que l’UP prépare pour octobre dans le cadre de la fête du St-Sornin une conférence ayant pour thème la première spécialité de notre amoureux des bleuets…


Les deux hommes ont eu d’emblée beaucoup de choses à se dire. A suivre donc…

Par Niels Goumy

Journaliste et éditeur de presse, Chazellois depuis 2005.

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